mardi 9 mai 2017

Autoconsommation: commentaires sur l’étude : Pour une décentralisation énergétique proche des citoyens

https://ideesrecuessurlenergie.wordpress.com
Publié le 7 mai 2017

Commentaires sur étude de La Fabrique écologique                     http://www.lafabriqueecologique.fr/decentralisation-energetique

Plusieurs points
Il est écrit : « Le développement de l’autoconsommation ne signifie pas aller vers l’autarcie en se coupant des réseaux. Dans la très grande majorité des cas, la connexion ou le raccordement au réseau électrique reste nécessaire et souhaitable, avec des avantages pratiques et économiques pour le consommateur en l’absence de solutions compétitives de stockage d’électricité. Se pose alors aussi la question de la gestion des surplus en période d’excédent de production ».

Et plus loin : « L’accroissement du taux d’autoconsommation peut se réaliser de trois manières : la limitation de la puissance du système de production, en l’occurrence le plus souvent photovoltaïque, pour qu’une part plus importante de l’énergie soit consommée sur place ; l’augmentation de la consommation sur place ; le stockage, pour mieux répartir dans le temps la production et la consommation […] Aucune de ces hypothèses ne correspond à la vraie priorité que constitue le développement de l’énergie solaire ».

Commentaire : on ne peut qu’être d’accord avec ces positions, en premier lieu la nécessité de conserver des réseaux publics en secours. Mais la priorité donnée au photovoltaïque, par ailleurs logique car seule énergie susceptible d’être facilement intégrée localement de façon généralisée (difficile d’imaginer des éoliennes en milieu urbain !) conduit à privilégier le moyen de production renouvelable le plus décorrélé des besoins dans nos contrées tempérées : alors que les besoins sont maximaux en hiver, la production photovoltaïque y est en moyenne environ 4 fois plus faible qu’en été, période durant laquelle on ne sait au contraire pas quoi faire des surplus de production. Cette décorrélation, ou plutôt anti-corrélation, ne peut être compensée que de deux façons :

* Par un stockage inter-saisonnier, qui ne peut actuellement passer que par une transformation de l’électricité excédentaire en gaz (hydrogène ou méthane de synthèse). Mais, en l’état actuel des technologies, des connaissances et des perspectives apportées par les recherches, ces solutions sont hors de prix et devraient le rester pour longtemps. Ce qui les disqualifie économiquement durablement.

* Par le secours des réseaux publics lors des périodes froides de forte consommation, avec la contrainte supplémentaire de ne pas les noyer sous des surplus pléthoriques inutilisables en période d’été.

Le croisement de ces différentes contraintes conduit à la conclusion logique que la seule perspective viable est un dimensionnement des moyens photovoltaïques limités aux besoins estivaux. Ce qui conduit à un dimensionnement minimal, impliquant en contrepartie une contribution élevée des réseaux publics en hiver. C’est-à-dire au moment où ils sont déjà le plus sollicités…


Il est écrit : « Elle peut enfin entraîner des transferts de charges non négligeables. L’autoproducteur ne paie pas, logiquement, pendant les périodes où il consomme ce qu’il produit, la part du tarif d’utilisation du réseau public d’électricité (TURPE) calculé en fonction de la quantité d’énergie prise sur le réseau. Or celle-ci est prépondérante par rapport à celle qui est fonction de la puissance souscrite, alors que les coûts de réseau dépendent fortement de cette donnée ».

Commentaire : ce point, très justement souligné, est fondamental. Les coûts des réseaux sont en effet à près de 95 % des coûts fixes (coûts d’investissement qui dépendent des dimensionnements, eux-mêmes régis par les puissances maximales transitées. Et coûts de personnel d’exploitation qui ne dépendent pas non plus des quantités d’énergie qui transitent).

Par conséquent, le système actuel de rémunération, essentiellement fondé sur l’énergie, ce qui se justifie pleinement par son effet modérateur sur les consommations, n’est plus du tout adapté à l’autoconsommation / autoproduction qui n’utilise le réseau que de façon épisodique et en particulier sous forme de puissance de pointe. Ce qui coûte à peu près aussi cher qu’une utilisation permanente.

Si rien n’est fait, il se produira donc des transferts de charges des autoconsommateurs / autoproducteurs, qui n’assumeront qu’une faible part des charges des réseaux publics (TURPE, CSPE) vers tous les autres utilisateurs des réseaux, cette inégalité de traitement n’étant pas acceptable. D’autant plus qu’elle s’accompagne d’une moindre contribution aux taxes publiques (CTA, TVA, etc.).

Le développement de l’autoconsommation / autoproduction implique en conséquence une complète remise à plat des charges d’utilisation des réseaux, pour faire supporter aux futurs autoconsommateurs / autoproducteurs leur juste quote-part des charges. Mais cette dernière, proche de celle des autres consommateurs, aura pour effet de renchérir ce mode de production / consommation et donc de le rendre moins intéressant financièrement. Sera-t-il alors encore globalement compétitif ? La réponse à cette question tranchera in fine le débat. Car l’affirmation « Une telle évolution correspond au souhait d’une partie de la population, pour des raisons d’autonomie et de contribution citoyenne » ne résistera probablement pas très longtemps à la dure réalité de prix éventuellement supérieurs à ce que fourniront les réseaux publics si les services de ces derniers sont payés à leur juste prix…

Deux autres difficultés majeures de fond doivent être soulignées
* L’absence de foisonnement de l’autoconsommation / autoproduction individuelle, ou sa faible valeur dans les « réseaux de territoires », en comparaison du foisonnement naturel des grands réseaux publics. Rappelons que le foisonnement des consommations est le fait les consommateurs reliés à un réseau n’appellent pas tous en même temps la puissance maximale qu’ils ont souscrite. Ce qui permet des économies considérables en moyens de production, d’autant plus importantes que le nombre de consommateurs reliés, donc le réseau, est important. Ce phénomène permet ainsi de diviser par 4 à 5 les moyens de production nécessaires sur le réseau français. Dit autrement, si chaque consommateur (industriel, tertiaire, domestique, etc.) produisait sa propre énergie, il faudrait multiplier par 4 à 5 la puissance des moyens de production existants au niveau du pays !

* Financièrement, le développement de l’autoconsommation / autoproduction conduit à investir deux fois au niveau du pays : une première fois dans les équipements d’autoproduction, une deuxième fois dans les réseaux publics, qui devront continuer à assurer le secours intégral des autoconsommateurs / autoproducteurs. Ce qui pose la question de l’utilisation de ressources financières rares, qui seraient sans doute beaucoup plus utiles ailleurs, notamment pour mieux isoler le bâti existant. La question mérite en tout cas d’être examinée de près en termes d’émissions de CO2 évitées.

En conclusion, le développement de l’autoconsommation / autoproduction soulève des questions majeures d’une grande complexité, qui méritent des analyses approfondies et des expérimentations préalables avant de s’engager tête baissée dans cette voie dont les apports environnementaux et économiques sont loin d’être garantis. Laissons à cet égard le dernier mot au nouveau président de la CRE, s’exprimant sur le sujet devant les commissions de l’Assemblée et du Sénat lors de son audition en février 2017 :

« Sous couvert de sujets techniques, ce sont des questions de société qui se dessinent. Par exemple, le développement de l’autoconsommation d’électricité chez les particuliers ou dans les collectivités. Mal maîtrisé, il risque d’aboutir à une forme de « communautarisme énergétique » sapant le modèle de solidarité entre les territoires qui prévaut depuis soixante-dix ans ».


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