lundi 30 octobre 2017

Réponse à Corinne Lepage, pyromane du pompier électronucléaire

par nikopol92
Le octobre 30/2017

Réponse de l 'Omec : en rouge nos commentaires ci dessous


Article : « Pourquoi le nucléaire est en train de ruiner la France. »
http://www.huffingtonpost.fr/corinne-lepage/pourquoi-le-nucleaire-est-en-train-de-ruiner-la-france_a_23245628/

Ce titre diffusé par le Huffington Post montre l’« impartialité » habituelle des avocats d’affaire en service commandé. Loin de la réalité de l’industrie qui nous éclaire.

Mur d’investissement, falaise financière, les allégories ne manquent pas pour décrire l’impossible équation financière à laquelle la filière nucléaire française est confrontée.
Ce qui est certain, c’est que le constat est partagé par tous, ce qui n’était évidemment pas le cas lorsqu’en 2011 dans la vérité sur le nucléaire, j’avais évoqué la situation critique d’ Aréva.
La filière nucléaire est plus qu’une danseuse pour le budget de l’État.
Est-il utile de rappeler qu’EDF a versé des dividendes à hauteur de 20 Mds d’€ entre 2005 et 2015 ?
Est-il utile de rappeler que l’Etat a reconnu être redevable à EDF de 5 Mds d’€ en 2012 pour les arriérés de paiement sur la Contribution au Service Public de l’Électricité (CSPE) c’est-à-dire pour les surcoûts des électricités renouvelables aléatoires.
Est-il utile de rappeler que le mode de calcul des surcoûts des EnR aléatoires est très défavorable à EDF ?
Est-il utile de rappeler que l’Etat, après avoir reconnu une dette de 5Mds d’€ en 2012, est tout de même venu encaisser 2 Mds d’€ de dividendes cette année-là, agissant comme un propriétaire qui est en dette vis-à-vis de son locataire mais vient encaisser quand même le loyer ?
Les dividendes ne sont plus versés à l’Etat en numéraires mais en actions gratuites. L’Etat a toujours reçu l’impôt sur les bénéfices et toutes les taxes qui pèsent sur EDF.
Ajoutons aussi qu’EDF et AREVA participent positivement à la balance du commerce extérieur par le solde positif de leur vente d’électricité et de services.
Alors les chiffres donnés ci-dessous sont à relativiser lorsque l’on fait la vérité des comptes.


Pour la seule année 2017, l’État a sorti 3 milliards pour EDF et 5,5 Mds pour Areva, auxquels s’ajoutent l’abandon d’1,6 milliards de dividendes et probablement les 2,3 milliards de l’arbitrage perdu en Finlande, soit la bagatelle de près de 13 milliards d’euros! Jusqu’où faudra-t-il aller?
Mais, au fait, qui est l’actionnaire majoritaire d’EDF et surtout d’Aréva. Qui a laissé Aréva s’engager dans une aventure financière folle en Finlande ? Les représentants de l’Etat au Directoire et au Conseil de Surveillance d’ Areva ont-ils empêché les aventures de la Présidente du Directoire de cette société ?
EDF est soumise à l’obligation de vendre le quart de sa production nucléaire au prix coutant sorti usine par la loi NOME, loi portée par l’Etat lui-même ! Les acheteurs grossistes ne supportent ni les risques industriels, ni les risques financiers, ni les risques sociaux ! Pas mal !
La société Areva traîne 7 milliards de dettes et voit son chiffre d’affaires en baisse constante. Elle aurait dû déposer le bilan.
Mais elle est recapitalisée par un apport de 4,5mds de l’État destiné simplement à permettre la continuation de l’activité sous deux entités l’une étant reprise par EDF pour la somme de 2,5 mds payés en définitive aussi par le contribuable.
Mais le gouffre ne s’arrête pas là. Areva SA devient une forme de structure de défaisance accueillant outre la dette initiale, la dette finlandaise (un premier arbitrage perdu pour Areva  va coûter au Budget de l’État 2,3mds et ce n’est sans doute pas terminé) et les coûts induits par les malversations du Creusot.
Avez-vous comparé les prix de vente de l’électricité aux clients domestiques en France et en Allemagne ?
Et pourriez-vous dire ce qu’ils deviendraient en Allemagne si le coût de la tonne de CO2 était taxée à son vrai coût ?
L’électricité en France appauvrit-elle les Français par rapport aux autres pays Européens ? Les Français bénéficient d’une électricité parmi les moins chères en Europe.
Inutile de dire que le contribuable va devoir sortir encore de nombreux milliards pour combler ce déficit scandaleux qui rappelle fâcheusement dans un autre domaine, l’affaire du Crédit Lyonnais -qui a aussi coûté des milliards aux contribuables sans que personne ne soit responsable-
Rappeler que le Crédit Lyonnais, à l’époque de ses folies, était une banque nationalisée serait peut-être utile. Et que son Président, ancien inspecteur des finances, avait été nommé par l’Etat. Alors qui était responsable ?
… Le pire est qu’ Areva continue à perdre de l’argent parce qu’en réalité son activité, même réduite au minimum, ne cesse de se contracter et son classement par l’agence de notation S&P BBB- sur le long terme n’est pas brillant.
La situation est moins mauvaise pour EDF qui néanmoins a dû sortir du CAC 40, voir son action passer de 80 à 7 euros (puis remonter à 9) et sa notation S et P baisser à A-. Ses résultats financiers sont mauvais et, la baisse de l’endettement qui reste massif (au-delà de 30 milliards d’euros) est liée à des cessions d’actifs et en particulier les titres ERDF cédés à la caisse des dépôts, c’est-à-dire en réalité rachetés par l’État.
Il serait utile de rappeler qu’à la fin de la construction du parc électronucléaire, au début des années 1990, la dette d’EDF était supérieure à son chiffre d’affaires ! Il est vrai que la construction du parc électronucléaire français a été financée par l’emprunt fait par EDF (surtout en dollars à la demande de l’Etat) et remboursé par les consommateurs d’électricité dans le prix du kWh. Au passage, il faut savoir que les $ empruntés à 5 francs ont été remboursés en partie à 10 francs, l’Etat n’ayant pas accepté de prendre en charge les pertes de change.
Il ne s’agit pas des titres ERDF mais des titres RTE. Une erreur supplémentaire ! RTE présente un solde d’exploitation récurrent positif qui était versé à sa maison mère EDF. Désormais l’Etat prendra 50 % et EDF 50 %. Il y a donc, pour l’Etat, via la CDC, un retour garanti sur l’investissement.
Les résultats nets courant de 2016 accusent une baisse de 15% (4,1 Mds d’euros, contre 4,8 Mds d’euros en 2015) une baisse de production de 7,9% et les résultats semestriels de 2017 sont également en baisse de 2,7%.
Les investissements restent inférieurs à 10 milliards par an alors que la réalisation du plan d’investissement sur lequel EDF s’est engagé représente selon le rapport d’ AlphaValue 165 milliards soit autour de 16 milliards par an.
En effet, le grand carénage évalué par EDF à 50 milliards et par la Cour des Comptes à 100 milliards n’intègre pas toutes les anomalies constatées depuis plusieurs mois, les défauts systémiques et les dépenses indispensables au titre de la mise aux normes post Fukushima.
Les comptes de la Cour des Comptes de 2014 intègrent à la fois les opérations de Grand Carénage et celles de maintenance courante. Le Grand Carénage seul représente, y compris les modifications post-Fukushima, 1 Mds d’€ par unité, chiffre qui n’a jamais été atteint aux USA, soit 58 Mds d’€ dont une partie est déjà payée. Il ne faut pas compter deux fois les dépenses.
Et encore, cette situation financière assez calamiteuse ne reflète que très partiellement la réalité du fait du sous-dimensionnement des provisions faites pour le traitement des déchets à long terme et pour le démantèlement. Selon le rapport d’ AlphaValue, il manquerait 50 milliards de provisions. Cette sous-évaluation avait déjà été mise en lumière dans un rapport de l’Assemblée nationale de février 2017 puis dans un avis de l’ ASN de juillet 2017 dans lequel le gendarme du nucléaire souligne l’absence d’éléments d’information fiables, la non prise en considération des retards et des manques de disponibilité dans le stockage des déchets et la non prise en compte des sites pollués.
Il n’y a aucun sous-dimensionnement des dépenses relatives aux déchets à long terme, le rapport d’ AlphaValue n’a aucune crédibilité. Regardez donc la déclaration du Directeur Financier d’EDF devant la Commission Parlementaire sur les Coûts du Nucléaire, dite Commission Brottes-Baupin. Commission dont le rapport final n’a été rédigé que par le seul Député EELV Baupin et ne reflète en rien les déclarations faites par les différents intervenants.
Et si l’ ASN autorise les unités pour 10 ou 20 ans d’exploitation supplémentaires comme aux USA, au vu de leur bon état, la constitution des provisions continuera alors que les frais de déconstruction et de fin de cycle des combustibles seront identiques.
Il faut également prendre en compte le financement de Hinckley Point, réacteur qui a déjà pris 18 mois de retard avant même d’avoir commencé qui devrait être financé par EDF à hauteur de 15 milliards auxquels s’ajoutent 1,8 milliard pour tout retard étant à la charge de l’exploitant. Dans la mesure où aucun établissement bancaire n’accepte de financer ce type de projet, c’est EDF c’est-à-dire le contribuable français qui devra financer un projet dont la réalisation n’est de loin pas certaine compte tenu d’une part du Brexit et de son incidence Euratom et d’autre part de la contestation de l’Angleterre liée à un prix déraisonnable de l’électricité nucléaire.
Hinkley Point fait l’objet d’un financement particulier et le contrat aux différences du prix de vente de son kWh est garanti par l’Etat Britannique.
Cette situation financière catastrophique n’empêche évidemment pas EDF d’investir plusieurs centaines de millions d’euros dans la publicité que son monopole ne justifie pas mais qui a le mérite d’éviter des articles trop critiques dans la presse…

EDF n’a jamais eu le monopole de la production en France depuis 1946. Seul le grand transport était en situation de monopole, comme aujourd’hui d’ailleurs, à l’instar de tous les autres pays. EDF n’a jamais eu non plus le monopole de la distribution d’électricité depuis 1946.

En revanche, l’auteur de l’article aurait dû signaler les moyens de production mis en service en France depuis la mise en concurrence de l’électricité en 2002. Il serait surpris de voir la rareté de ceux-ci et le peu d’emplois créés.

Il faut aller au bout des comparaisons.
Face à ce mur de dépenses, l’État a mis au pot cette année 3 milliards et accepté de renoncer au paiement des dividendes soit 1,6 Md. Pour 2017, ce sont 10 milliards qui ont été dépensés à fonds perdus pour la filière nucléaire sans compter évidemment les dépenses cataloguées au titre de la recherche qui financent le CEA. Certes, la filière nucléaire représente un nombre d’emplois non négligeables mais très éloignés des 220 000 constamment avancés par le lobby nucléaire.

Ce article a-t-il comptabilisé le mur de dépenses que représentent les contrats des électricités renouvelables aléatoires déjà signés qui s’élèvent à près de 100 milliards d’€ sur les 10 ans à venir ! Les dépenses du CEA faites pour EDF et Areva font l’objet de contrats et sont payées.

Le rapport de la Cour des Comptes de 2012 commence par cette phrase : « les dépenses prises en compte dans le présent rapport totalisent le passé, le présent et le futur ». On ne peut être plus clair !
En réalité, EDF comptait 68.460 salariés à fin 2016, hors filiales) et devrait atteindre 64 000 en 2019 soit une baisse de 10% par rapport à 2015. Quant à Areva, la société comptait 38 000 salariés à la fin de l’année 2016 soit 5000 de moins qu’en 2015. Au total, la filière représente moins de 100 000 personnes en emplois directs et malgré les sommes astronomiques mises par les contribuables près de 10 000 emplois ont été supprimés.
La filière nucléaire ne se réduit pas à EDF et Areva. Il faut y ajouter tous les fournisseurs et prestataires. Tout comme la filière industrielle de construction de véhicules ne se réduit pas à la somme des emplois de Peugeot et Citroën ainsi que la filière aéronautique ne se réduit pas aux seuls emplois d’Airbus.
En revanche, il aurait été utile que l’auteur de l’article comptabilise les emplois supprimés par le constructeur électricien Allemand, Siemens, et les opérateurs, RWE et E.ON, sur les 2 dernières années. Il aurait été surpris.
En revanche, la progression des emplois dans le secteur du renouvelable est constante avec 162 000 emplois en 2016.
Il serait curieux de voir le décompte de ces fameux 162 000 emplois. Doit-on expliquer au public que la France ne fabrique quasiment pas de panneaux solaires et aucune éolienne ? Doit-on lui dire que les emplois liés à la construction de fermes éoliennes et des fermes photovoltaïques sont des emplois par essence éphémères, que la surveillance centralisée représente bien peu d’emplois et que les emplois de maintenance sont la plupart du temps réalisés par les constructeurs notamment allemands pour les éoliennes ?
Et la situation risque de ne pas s’arranger. En effet, la productivité de nos réacteurs ne cesse de se réduire et, le marché de gros européen fait une place de plus en plus réduite à l’électricité nucléaire en raison de la priorité donnée à l’électricité verte et de la croissance très importante de l’énergie renouvelable dans l’espace européen. Ajouter à cela une baisse de la consommation d’électricité nucléaire. Au total, le chiffre d’affaires d’EDF ne peut que décroître–ce qui est déjà le cas depuis deux ans-et par voie de conséquence rendre encore plus insoluble l’équation financière à laquelle cette société est confrontée. L’impasse financière est totale.
Effectivement la situation ne va pas s’arranger avec une filière d’énergies électriques renouvelables aléatoires qui coûtent très cher aux Français, y compris ceux qui sont en état de précarité énergétique, pour une production dérisoire et aléatoire de 30 milliards de kWh par an, pas forcément quand les Français en ont besoin, alors que le parc nucléaire produit plus de 400 milliards de kWh par an, à faible coût, et quand les Français en ont besoin.
Voilà ce qui s’appelle un dossier très orienté et à charge qui n’honore pas celui ou celle qui devrait, par définition, relater objectivement les faits et être impartial.
Le Huffington Post mérite quand même mieux que cela !

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